Avec Joyaux, George Balanchine évoque son parcours en un savoureux triptyque : Saint-Pétersbourg, ses débuts de danseur prodige et de chorégraphe au Théâtre Mariinski, son exil et sa rencontre avec Diaghilev et les Ballets Russes, sa venue à Paris, son travail essentiel à l'Opéra et enfin la création historique, en 1948, du New York City Ballet. Ces trois écoles et traditions sont revisitées avec brio et sans nostalgie. C'est son ami Stravinsky, autre exilé, qui accompagne son hommage à la capitale américaine tandis que Gabriel Fauré symbolise le classicisme français. Et il ne pouvait y avoir d'évocation de sa Russie natale sans Tchaikovski, l'ami et le musicien de Marius Petipa. Lors de l'entrée au répertoire en 2000, le Ballet de l'Opéra demanda à Christian Lacroix d'en recréer les décors et les costumes, hommage à George Balanchine et à son goût du luxe et de l'apparat.
George Balanchine et l'Opéra de Paris ont toujours entretenu des relations privilégiées. En 1929, Jacques Rouché, l'administrateur de l'époque avait proposé au jeune chorégraphe de devenir maître de ballet de l'Opéra de Paris. Souffrant, George Balanchine n'avait pu répondre favorablement, et la direction de la compagnie avait été confiée aux mains de Serge Lifar. Mais on sait combien George Balanchine appréciait l'Ecole française. Il est venu régulièrement au Palais Garnier régler l'entrée au répertoire de ses ballets. Il y a créé Le Palais de cristal (1947), Orphée et Eurydice (1973) et Faust (1975). Il a même recruté deux grands solistes – Violette Verdy et Jean-Pierre Bonnefous – qui ont rejoint le New York City Ballet, et a fait de Ghislaine Thesmar l'une de ses invitées favorites.
En 2000, dix-sept ans après sa disparition, une ½uvre rare et précieuse, a encore été transmise au Ballet de l'Opéra : Joyaux, traduction française de Jewels, créé en 1967 par le New York City Ballet. L'artiste avait trouvé l'inspiration de sa chorégraphie en se promenant le long des bijouteries de la Cinquième Avenue de New York. L'½uvre qu'il a réalisée rend hommage aux femmes et aux capitales des grandes Ecoles de la danse, Paris, New York et Saint-Pétersbourg. Tel un triptyque, chaque volet brille de l'éclat d'une pierre précieuse. La pièce d'ouverture, « Emeraudes », inspirée des mélodies de Gabriel Fauré, évoque avec poésie le ballet romantique. « Rubis » – entré en 1974 au répertoire de l'Opéra sous le titre de « Capriccio » –est un clin d'½il à Broadway sur le rythme syncopé de Stravinski et « Diamants » ravive sur des airs de Tchaikovski l'éclat du style impérial russe et de son maître, Marius Petipa.
Pour l'entrée de Joyaux au répertoire de l'Opéra, Brigitte Lefèvre, Directrice de la Danse, a fait appel à Christian Lacroix pour dessiner les costumes et les décors. Grand couturier, peintre et artisan de la beauté, ouvert à toutes les expressions artistiques, il est de ceux qui savent transformer le spectacle en fête. Son amour de la danse et son talent à mettre en valeur la féminité, furent l'un des meilleurs atouts pour traduire le rêve de Balanchine.
Ce jour là :
Emeraudes
1er PAS DE DEUX Laëtitia Pujol & Mathieu Ganio
2eme PAS DE DEUX Eve Grinsztajn & Yann Bridard
PAS DE TROIS FEMME Séverine Westermann, Sarah Kora Dayanova & Stéphane Phavorin
Rubis
COUPLE Aurélie Dupont & Mathias Heymann
LA SOLISTE Sabrina Mallem
Diamants
COUPLE Stéphanie Romberg & Karl Paquette
Mon avis :
3 chorégraphies, 3 musiques, 3 costumes bien différents. Encore un bon moment qui ouvre ma nouvelle année de balets à l'Opéra. Et en plus, séance de papotage et partage de connaissances avec mes voisines qui venaient de l'Essonne...